Treffen mit der «Fédération des Entreprises Romandes» (fr)
Genf, 20.04.2026 — Rede von Bundesrat Ignazio Cassis, Vorsteher des Eidgenössischen Departements für auswärtige Angelegenheiten (EDA) anlässlich einer Veranstaltung der «Fédération des Entreprises Romandes» (FER) in Genf – Es gilt das gesprochene Wort
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Merci pour votre accueil. C’est un plaisir d’être ici à Genève.
Genève, c’est une ville où le monde se donne rendez-vous.
Et souvent, où l’on ressent ses secousses avant les autres.
Mesdames et Messieurs,
Le monde dans lequel nous vivions il y a encore quelques années n’existe plus.
Nous avons connu une longue période de globalisation.
Un monde ouvert, interconnecté, prévisible.
Un monde où l’on pensait que les règles s’imposaient progressivement à tous.
Aujourd’hui, ce monde a basculé.
· La force est de retour.
· Les règles sont contestées.
· Les conflits se rapprochent.
Et surtout, le monde s’est comme rétréci.
· Certaines régions deviennent inaccessibles.
· Les blocs se reforment.
· Et notre voisinage immédiat redevient central.
Le monde reste global.
Mais il est plus fragmenté.
Plus incertain.
Et, paradoxalement plus proche.
Dans ce contexte, une chose est claire :
La Suisse ne peut pas rester seule.
On dit parfois que la Suisse est une île.
Oui d’accord – mais une île au cœur de l’Europe. Et une île entourée d’amis.
Felix Helvetia.
Mais attention.
La vraie question est la suivante :
comment éviter que le monde ne devienne trop petit pour la Suisse ?
Car notre prospérité repose sur une chose simple :
l’ouverture.
Et cette ouverture repose sur trois piliers :
des règles claires, de la prévisibilité et de la stabilité.
Soyons lucides :
le changement de paradigme mondial est un défi existentiel pour notre pays.
Mais — et c’est la bonne nouvelle —
nous n’avons pas besoin d’inventer une nouvelle Suisse.
Nous devons faire ce que nous savons faire :
· stabiliser nos relations,
· défendre le libre-échange,
· et agir avec pragmatisme.
Cela ne veut pas dire improviser.
Cela veut dire avancer avec sang-froid, étape par étape en gardant toujours le cap.
Mesdames et Messieurs,
Nous sommes très bons pour produire.
Des produits de haute qualité.
Innovants. Compétitifs.
Mais produire ne suffit pas.
Il faut vendre.
Et c’est là une réalité simple mais essentielle :
un franc sur deux de notre prospérité vient de l’exportation.
Un franc sur deux.
Notre richesse dépend donc directement de notre accès aux marchés.
Et de loin, le plus important c’est l’Union européenne.
450 millions de consommateurs notre premier partenaire économique un espace de stabilité dans un monde instable
C’est pourquoi le Conseil fédéral a choisi de poursuivre la voie bilatérale.
Les Bilatérales III, c’est une solution suisse :
un accès au marché européen à la carte.
Sans adhésion.
Mais avec des règles claires.
Et surtout : la sécurité juridique.
C’est cela qui permet à nos entreprises de planifier, d’investir et d’embaucher.
Bien sûr, il y a aussi les États-Unis, environ un tiers du volume de l’UE —
et la Chine, environ un dixième.
Nous devons être présents partout.
Mais la Suisse reste notre base. La base de notre prospérité.
Mesdames et Messieurs,
Je comprends les préoccupations.
La pression migratoire existe.
Elle se ressent dans le logement, dans les transports, dans le quotidien.
Il ne faut pas l’ignorer.
Mais regardons aussi l’autre réalité.
Nos entreprises — ici en Suisse romande comme ailleurs — cherchent de la main-d’œuvre qualifiée.
Et nous avons un problème démographique :
notre population vieillit.
Sans immigration nous manquerons de talents.
Et donc de croissance.
Et donc de prospérité.
Soyons clairs :
l’immigration n’est pas la cause de notre succès.
Elle en est la conséquence.
Quand l’économie va bien, les gens viennent.
Quand elle va mal, ils ne viennent plus.
L’initiative des « 10 millions » propose une solution simple mais dangereusement simpliste.
C’est un faux remède.
Elle revient à dire : réduisons notre succès pour réduire l’immigration.
C’est une forme d’auto-sanction.
Moins de croissance,
moins d’innovation,
moins d’emplois et au final, moins de prospérité.
La vraie question n’est pas :
combien de personnes voulons-nous ?
La vraie question est :
voulons-nous vivre dans un pays attractif — ou dans un pays qui se replie ?
Mesdames et Messieurs,
Dans ce contexte, j’aimerais être très direct.
La Suisse a besoin de vous.
Pas seulement comme entrepreneurs.
Mais comme acteurs de la vie publique.
Parce que les décisions qui se prennent aujourd’hui
détermineront la Suisse de demain.
On ne peut pas défendre l’ouverture économique et rester silencieux sur le plan politique.
Si nous ne nous engageons pas,
d’autres décideront à notre place.
Et souvent dans le sens de la fermeture.
Mesdames et Messieurs,
La souveraineté aujourd’hui, ce n’est pas l’isolement.
C’est la capacité à gérer intelligemment nos interdépendances.
C’est cela, la voie suisse.
Dans un monde en désordre,
nous devons rester fidèles à ce qui a fait notre succès :
l’ouverture, la fiabilité, et le pragmatisme.
Mais cela ne se fera pas sans vous.
Je compte sur vous.
Pour défendre une Suisse ouverte.
Une Suisse prospère.
Une Suisse confiante.
Notre Felix Helvetia.
Merci.