Journées de Soleure
Soleure, 21.01.2026 — Discours de la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider à l’occasion des 61e Journées de Soleure. Seules les paroles prononcées font foi.
Le mois de janvier est rythmé par de nombreuses, de belles, de ressourçantes traditions. La soirée d’ouverture des Journées de Soleure s’inscrit assurément dans cette catégorie. Elle est attendue avec grand intérêt et avec une certaine impatience.
Mais ce début d’année est marqué par une tragédie. Alors que l’insouciance, le plaisir de la fête étaient au rendez-vous, en particulier pour la jeunesse, le temps s’est figé dans un drame impensable à Crans-Montana, un drame au bilan humain insupportable. Nous avons partagé une journée de deuil national pour exprimer notre hommage aux victimes et notre compassion aux familles dévastées par le deuil de leur enfant ou confrontées à l’espérance, mais aussi à l’incertitude, à la douleur d’une longue convalescence.
Les jeunes ne sont pas faits pour mourir. Il appartient aux différentes instances, en particulier judiciaires et politiques, d’adopter une posture digne et responsable. Reprendre le cours de nos vies après la terrible tragédie de Crans-Montana résonne différemment pour chacune et chacun d’entre nous. Le président du Conseil d’Etat valaisan Mathias Reynard a cité Camus: «Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été.» Une soirée festive comme celle qui nous réunit ce soir exprime elle aussi l’espoir, la vie face à l’inadmissible.
J’ai été impressionnée par le professionnalisme et l’humanisme du personnel de l’hôpital du Valais. J’ai été bouleversée par les paroles des jeunes qui ont délivré un poignant message d’espoir, en relevant être une génération qui vit dans un monde fragile. Un monde parfois dur, souvent injuste et qui malgré les doutes, malgré la peur, continue d’avancer. Nous devons à ces jeunes, notre engagement, notre détermination à leur laisser entrevoir des possibles, des désirs, des rêves.
Des récits qui nous lient
Dans ces moments qui nous bouleversent, ce qui nous lie, ce qui crée du sens et du lien, ce sont les récits. Ces histoires que l’on se raconte ensemble, qui nous apportent du réconfort, des souvenirs et des projections. Elles esquissent les formes, les ancrages de notre communauté. La culture raconte ces histoires, nourrit un patrimoine intellectuel et affectif. Le cinéma les incarne. A travers des perspectives particulières, il nous embarque. C’est ce que le festival de film de Soleure fait depuis plus de 60 ans. Et en ce début d’année, nous lui en sommes d’autant plus reconnaissants. Nous sommes toutes et tous impatients de découvrir le programme qui nous attend ce soir et dans les prochains jours: des films, des rencontres, des expériences. En d’autres termes: des surprises.
Vous vous demandez peut-être si nous avons réellement besoin de plus de surprises. L’actualité ne nous accable-t-elle pas, quasi quotidiennement, de surprises – presque toutes plus mauvaises les unes que les autres? La période d’incertitudes immenses à laquelle nous faisons face n’appelle-t-elle pas plutôt à un besoin accru de prévisibilité?
Les vertus des surprises
La surprise, c’est aussi le thème du film d'ouverture que l’équipe du festival nous propose de découvrir ce soir. En l’occurrence, une surprise franchement désagréable. Soit la perte soudaine de 2 milliards de francs. Un scénario qui n’était pas complétement invraisemblable dans ce monde de la finance où jongler avec des sommes astronomiques fait partie du quotidien. Mais un scénario que personne n'avait pu imaginer – ou plus exactement – que personne ne voulait imaginer...
Vous en conviendrez, les surprises ne sont pas toujours synonymes de déconvenues ou de coups durs. Je serais d’ailleurs plutôt encline à les souhaiter et à les apprécier. Certes, plutôt dans la vie culturelle et intellectuelle. Pourquoi? Parce que les surprises donnent du relief à nos vies, chamboulent nos habitudes, bref, elles nous jettent hors de notre routine quotidienne. Elles nous libèrent de notre dépendance, voire de notre aliénation aux algorithmes dont les dangers sont désormais connus. On peut penser aux renforcements de préjugés, à l’amplification des inégalités ou encore à la dilution des responsabilités et aux prises de décisions opaques.
Plutôt que de risquer l’isolement dans les bulles algorithmiques, nous avons besoin de diversité, de créativité, de contradiction! Précisément ce que nous offre le monde de la culture et des festivals, ces espaces d’inattendu, d’innovation et de saine contradiction, comme se proposent de l’être cette année encore les Journées de Soleure.
Filmfestivals sind Orte der Überraschung. Weil wir schlicht nicht wissen, was wir zu sehen bekommen. Oder hat jemand von uns erwartet, dass uns der Eröffnungsfilm dazu einlädt, uns in die Gefühlswelt eines Investmentbankers hineinzuversetzen? «The Narrative» führt uns vor Augen, dass Empathie überraschend zwiespältig ist: Weil sie gleichzeitig Verständnis und Verstörung in uns auslösen kann.
Eine inspirierende Überraschung ist auch der diesjährige «Rencontre»-Gast Edna Politi, die in ihrer Lebensgeschichte drei Welten vereint: Die arabische, die jüdische und die europäische. Welcher Algorithmus hätte uns die Werke von Edna Politi vorgeschlagen?
Die zentrale Rolle des Schweizer Films
Filmfestivals sind ein Gegenentwurf zu einer Kultur des Vertrauten, des allzu Vertrauten, der algorithmischen Gemütlichkeit. Das gilt – auch und gerade – für die traditionsreichen Solothurner Filmtage, denen stets eine gewisse Nostalgie-Gefahr innewohnt – und die dieser Gefahr Jahr für Jahr trotzen, indem sie uns überraschen und aufrütteln. Durch neue Ideen, neue Impulse, neue Sichtweisen.
Die Kultur, der Film: Sie helfen uns, neue Realitäten zu erahnen und zu erkennen, bevor sie unser Leben prägen. Bevor wir sie nur noch als Macht des Faktischen akzeptieren können. Kultur gibt uns einen kleinen Vorsprung. Und das ist entscheidend: Denn die verworrene Weltlage macht es auch für uns in der Schweiz unumgänglich, uns neu zu orientieren. Welche zentrale Rolle dabei der Schweizer Film spielt, zeigen auch die Kinozahlen des letzten Jahres. Während sich die Eintritte insgesamt rückläufig entwickelten, konnte sich der Schweizer Film gut behaupten. Weil er Geschichten erzählt, die uns Perspektiven öffnen und Orientierung geben.
Auch die SRG ist eine Institution, die uns vertraut ist, die für Solidität, Zuverlässigkeit und Konstanz steht – und die doch immer wieder auch Überraschendes zutage fördert. Themen, auf die wir in unserem Feed nicht einfach so gestossen wären. Die SRG ist unverzichtbar, wenn es darum geht, das Land, in dem wir leben, besser zu verstehen. Sie macht uns vertraut mit Lebensgeschichten und politischen Milieus, denen wir im Alltag vielleicht nie begegnen. Und natürlich braucht es solide Information für eine funktionierende Demokratie – heute mehr denn je. Gerade angesichts der Flut von Information und Desinformation auf «social media» sind Gelassenheit, Einordnungskompetenz und Gewissenhaftigkeit in der Recherche gefragt.
«Too important to fail»
Unser nationales Selbstgespräch zu ermöglichen, das ist die «raison d’être» der SRG. Sie verklammert unser komplexes Land mit allen seinen so unterschiedlichen Regionen. Wer die Halbierungsinitiative annimmt, riskiert einen Riss zwischen den Regionen. Und zudem einen Filmriss. Die SRG investiert jährlich 32,5 Millionen Franken in den Schweizer Film und in Serien. Sie unterstützt 300 Festivals pro Jahr, darunter auch zahlreiche Filmfestivals. Mit ihrem breitgefächerten Angebot erreicht die SRG täglich mehr als drei Millionen Menschen. Gerade für Künstlerinnen und Künstler bietet diese Reichweite eine wichtige Bühne. Mit anderen Worten: Die SRG ist entscheidend für das hiesige Filmschaffen. Sie ist «too important to fail». Aus allen diesen Gründen empfiehlt der Bundesrat, am 8. März die Halbierungsinitiative abzulehnen.
Die Solothurner Filmtage zeigen in diesem Jahr schwerpunktmässig Spiel- und Dokumentarfilm, die der Frage nachgehen, was es heisst, dazuzugehören. Zu einer Familie, zu einer Gemeinschaft, einer Geschichte, einer Kultur, einem Land. Wir brauchen Kultur, wir brauchen den Schweizer Film, weil wir ein Land im Wandel sind. Und je schneller der Wandel, desto wichtiger wird es, dass wir uns nicht in der falschen Sicherheit wiegen, wir wüssten ohnehin schon alles über die Schweiz. Lassen wir uns überraschen – von uns selbst.